
Un Billy Woods peut en cacher un autre…
Après le concert de Armand Hammer au Bota il y a quelques mois (c’est pas comme si on venait pas d’en parler ici), le mi-rapeur-mi-producteur new-yorkais nous gratifiait d’un passage par le Reflektor. Une opportunité entre deux dates européennes qui, si elle se saisit a pleine mains, est surtout un petit coup de bol dans un calendrier que toutes les salles essayent de remplir de « offs » et de journées perdues/gagnées dans les déplacements entre les grands festivals d’Europe.
C’est donc au tour de Billy « Backwoodz » de venir poser ses textes sur les prods légendaires dont lui seul a le secret. ON en a déjà parlé mille fois, on sait. Par écrit, on en a parlé maintes fois dans le podcast, si vous avez eu la chance de nous croiser en concert, on vous l’a dit dans le creux de l’oreille et si on s’est vus ce dimanche, il y a de fortes chances pour qu’un de nous vous ait saoulé à force de le répéter.
Billy Woods, c’est quoi ?
Billy Woods, au delà d’un mec au niveau de coolitude exagérément élevé, c’est aussi un rappeur. Mais pas un rappeur comme on en fait à la pelle à caca. Non non. Ou plutot « Fuck no ! ». Déjà au niveau du flow, on se situe tellement proche du spoken-word qu’il serait difficile de nier l’évidence : oui, c’est une forme de spoken-word. Et je dis bien Spoken-Word. On ne parle pas de Slam, ni de poésie musicale. On parle de Spoken Words. Des mots, mais pas juste parlés. Des mots dits avec une intensité telle que tu ne peux que te les prendre dans les dents. Des mots qui viennent te coller des claques dans ta petite gueule de spectateur qui n’avait rien demandé à personne. En vérité, tu l’as demandé. T’as même payé ta plac epour venir te prendre des baignes. Mais pas à la manière d’un Grand Corps Malade qui dépose son flow triste et mou comme on dépose un étron dans une cuvette des chiottes : en essayant de pas avoir l’air trop ridicule. Alors c’est une balle perdue, on est bien d’accord, et on présente d’ores et déjà nos excuses les plus sincères aux personnes qui souffrent de troubles de la digestion.
New-York étant une ville multiculturelle, mixant toutes les origines sociales, ethniques, religieuses, sexuelles, normal, donc, que les textes parlent de consommation de drogue, d’histoire de cul, de bien-être, de promiscuité, de conflits, d’amour, de logement, bref, de tout ce qui fait une ville cosmopolite. On va pas se le cacher, généralement, c’est assez sombre.
Ok, jusque là, on a un type qui ne chante même pas, qui rappe pas comme un vieux, mais musicalement, on en est où ? Les prods du gars sont incroyables. Rien à voir avec cette frénésie de l’infrabasse surinée à coups de BPMs bien trop réguliers pour faire vibrer l’animal sauvage en vous. Les prods de Woods sont aussi improbables que surprenantes. Le but n’est pas de te faire danser comme Beyonce. Le but n’est pas de relier systématiquement le rap à ses origines disco. Le but n’est pas de te tabasser à grands coups de trap, ni d’un produit radio-diffusable. La musique est sombre, comme ses textes. Parfois même inquiétante. La musique plante l’atmosphère. Elle la magnifie. Elle la sublime. La musique est au service du texte sans pour autant lui servir de marche-pied. Le texte et la prod marchent main dans la main. Non. Mieux. Ils se font la courte échelle. Deux potes turbulents complices dans toutes les conneries qu’ils peuvent (ou ne peuvent pas) faire. Y’en a pas un pour calmer l’autre.
Bref… une soirée rap comme on n’en a pas assez à Liège, et ça fait du bien. Merci le Reflektor ! Merci Pierre de soit provoquer de telles opportunités, soit de les saisir quand elles te passent sous les yeux. L’amour liégeois du rap te remercie !
A noter, la propensions du gars à se pointer pour son set, sans avoir fait de soundcheck, bien au calme, et à demander au sondier de pousser le beat plus fort au moins 3x pendant le concert. Mais c’est bien quand ça va plus fort, alors ça va.
En première partie, on a pu profiter d’un set de Tim Lessire (oui, le Tim Lessire du collecif Sans Allure, on t’en a déjà parlé aussi) venu nous présenter son projet DUMB. Et là aussi, des prods à te botter le cul : un mix entre la MAO et les inserts à la guitare blues. Maitrise ! Le mec est habité, il vit ses textes, il vit sa musique et t’as pas besoin d’en faire ta victime pour tomber dans son jeu et profiter de l’ensemble.
Billy Woods

























DUMB












