On en a parlé dans le Deadbeat Club plusieurs fois, alors quand le phénomène anglais débarque à Liège, on va pas se faire prier. On dégage tout ce qui traîne dans l’agenda, on envoie tout bien chier, et on prend sa place !
Originaire de la région de Londres, on a pas tout de suite connu le gars en tant que rappeur. On l’a d’ailleurs pas tout de suite connu en tant que gars. Pour ceux qui ne le connaitraient pas, le nom de Kae Tempest vous dit d’ailleurs peut-être quelque chose. Mais quoi ? On va arrêter de tourner en rond et jouer la carte de l’incroyable mystère parce que ce n’en est pas un, et en faire un mystère serait rendre un bien piètre hommage à la démarche qu’il mène depuis maintenant un bon moment. Si ce nom te dit quelque chose, mais que tu vois pas trop, ne cherche plus, il s’agit de… Kate Tempest. Poète et auteure reconnue de théâtre, on doit bien avouer qu’on était passé à côté de ses œuvres bien trop longtemps. Puis est venu le temps des questionnements, de sa réappropriation de sa propre personne, de sa sexualité, de ce qui définit qui ielle est. Si la démarche est lourde -lourde de sens, lourde émotionnellement, moralement, socialement-, la question de son nom devenu une référence trop évidente à un genre, une sexualité qui ne lui correspondant plus se pose, et la réponse qui fut la sienne contraste avec cette complexité : tu bazardes le « T » de Kate. BAM ! Ca fait Kae. Kae, c’est K. C’est simple, c’est beau, c’est clair, comme une manière de se redéfinir sans pour autant renier ce qu’on est. Sans se perde. Sans s’oublier.
Et là, vous allez dire que vous voyez pas le lien, qu’on est supposés parler de musique, et que là, on parle d’un auteur de littérature. anglaise qui plus est. C’est certain, on entend l’accent rien qu’en lisant, ce qui fait qu’on pige que dalle. Déjà, non. Et si tu te disais que l’Angleterre, c’est surtout les Cockneys de la banlieue ouvrière de Londres, les Geordies de Newcastle, les Scousers de Liverpool, les Brummies de Birmingham, les Yam Yam du Black Country, c’est bien vite oublier nos barakis bien de chez nous, de Liège, de Charleroi, de Dinant, de Namur, de Jemeppe (-sur-Meuse ou -sur-Sambre, peu importe finalement), de Boussu, de Wallonie. Mais pas que. Faut pas croire que le baraki est wallon, il est aussi Flamand. Il est Belge. En fait, on peut très bien résumer cette cartographie par la simple évocation de la belgitude. Certains appellent ça la médiocrité, on l’envisage comme une véritable richesse.
Pour contraster sciemment, le raffinement est présent avec Kae. Les seules choses qu’apporte son accent anglo-anglais, c’est ce côté chantant, et une bonne dose de détermination, voire d’autorité. Tu ne discutes pas. Tu fais ce qu’on te dit.
Bref, c’est quoi Kae Tempest, musicalement parlant ?
Tu aimes le rap/le hip-hop ? Tu aimes la poésie ? Tu aimes les textes puissants avec de vrais messages d’amour, d’espoir et de liberté ? Ça tombe super bien, parce que c’est tout ça en même temps.
Autant te prévenir tout de suite, si tu cherches du trap, du rap du darkest hood, de la testostérone en vrac, des muscles en pagaille et cette odeur musquée typique des salles de sport, il est préférable que tu passes direct ton chemin. Va faire autre chose et que tu laisses les gens sensibles profiter de cette beauté.
La recette : Tu lâches facile 50bpm par rapport aux productions commerciales habituelles, tu noircis le trait -un peu de mélancolie n’a jamais fait de mal à personne en poésie- , tu oublies carrément cette manière de lâcher les lyrics comme si tu engueulais ton chien (ou ta chienne pour reprendre le champ lexical usuel de ce genre de productions), et tu remplaces ça par un texte dit. Juste dit. Ni plus ni moins. Et comme je le disais un peu plus haut, avec la manière, le raffinement et le flegme anglais. La classe. On appelle ça du spoken-word. Tout est dans le nom. Du texte, dit.
Ajoute à ça le fait que le texte dit des trucs que t’as soit pas envie d’entendre, soit envie de crier (alors là, je vais te demander de faire ton petit effort à toi et d’aller comprendre et mesurer cette phrase), et tu as exactement Kae Tempest.
La majorité d’entre nous (moi compris) l’ont découvert avec son album Line is a Curve, véritable révélation pour une bonne partie de l’équipe, on ne peut que t’inviter à cliquer sur les internets pour foncer le découvrir si tu ne le connaissais pas.
On va pas te retenir plus longtemps, on sait que t’as de la musique à aller écouter. (et un album photo à regarder pour bien comprendre que tu as raté ta vie la semaine dernière…)
Les photos :


















